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15/06/2005
Google et la culture européenne.En décembre 2004, Sergey Brin et Larry Page, les fondateurs de Google ont annoncé leur intention de financer la numérisation d’un grand nombre de livres et de les mettre à disposition du public grâce à leur site.
Ils ont déjà passé des accords avec les principales bibliothèques universitaires américaines comme Stanford ou la New York Public Library ainsi qu’avec Oxford. L’opération, impressionnante concerne 15 millions d’ouvrages.
Dans les semaines qui ont suivi, l’initiative a suscité des réactions et un véritable débat est né. Jean-Noël Jeanneney, Président de la Bibliothèque de France, a publié un article dans Le Monde puis un ouvrage dont on trouvera les références à la fin de cet article.
Je conseille à ceux qui voudraient approfondir le sujet de se reporter à la sélection d’articles que propose la Bibliothèque nationale de France sur son site.
Je m’en tiendrai ici à quelques réflexions personnelles rapides :
1.Le problème n’est pas de condamner Google. Cette entreprise privée a sa stratégie et elle a le droit de numériser des oeuvres dès lors qu’elle respecte les droits d’auteur.
2.La diffusion de l’information par Google n’est pas neutre. Google fait des choix dans ce qu’il propose et la manière dont il le propose relève d’une conception de l’information et de la culture qui n’est pas forcément condamnable mais qui n’est pas forcément la nôtre.
C’est en fait à la création d’une sorte de monopole mondial de la diffusion des oeuvres à laquelle nous pourrions bien être en train d’assister avec l’uniformisation culturelle qui en résulte. D’autant que le diffusion du savoir ne saurait se réduire à la mise à disposition d’un moteur de recherche qui nous laisserait perdus dans des milliards de page, il y faut des outils basés sur des métadonnées, bref une contextualisation d’oeuvres choisies.
3.Il est dangereux de confier implicitement à un acteur privé, mû naturellement par la recherche du profit une mission culturelle d’intérêt général. Le modèle de Google, difficile à définir avec précision, ne peut qu’être basé, au moins pour une part significative, que sur la publicité.
4.Les analyses de Jean-Noël Jeanneney vont dans le bon sens dans la mesure ou elles mettent bien en lumière le danger de l’entreprise de Google pour le respect de la diversité culturelle (et j’ajouterai linguistique) et où il propose d’y remédier par un investissement public des pays européens.
5.Cette situation doit susciter l’action bien plus que la critique ou des déclarations de principes dont les responsables politiques ne sont jamais avares. La BnF avec la bibliothèque virtuelle Gallica a réalisé une sorte de prototype de ce qu’il faut faire au niveau européen et à une toute autre ampleur mais elle a également montré par la lenteur de son travail et les faiblesses de son administration que l’entreprise n’était pas aisée et nécessitait à la fois des moyens importants et une vigoureuse impulsion.
6.Les autorités françaises semblent avoir pris conscience du problème, si l’on s’en tient aux déclarations du Président de la République et un premier résultat a été obtenu.
Sur proposition de la France, 6 pays européens, la Pologne, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et la Hongrie ont récemment demandé le lancement d’une "bibliothèque numérique européenne" dans une lettre aux présidents du Conseil européen Jean-Claude Juncker et de la Commission Jose Manuel Barroso.
Attendons avec vigilance les résultats concrets de cette initiative. (Sylvain Renard) |
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